La structuration psychique de l’enfant repose en grande partie sur les interactions primaires qu’il entretient avec sa mère et son environnement. Dans la prime enfance, aux alentours des 8 mois se joue pour le bébé une phase, appelée «phase dépressive », qui est fondamentale pour son développement psychique.
La dépression infantile est une étape cruciale, nécessaire et douloureuse. Elle est marquée par une forte désidéalisation, une chute de sa grandiosité et une reconnaissance de l’autre en tant qu’objet total.
C’est d’abord une phase de désidéalisation douloureuse durant laquelle l’enfant va se rendre compte qu’il n’est pas le centre du monde, il va comprendre que sa mère n’est pas un simple prolongement de lui même que cette mère et lui même sont différenciés, séparés. Il doit reconnaître l’autre (la figure maternelle) en tant qu’objet total. L’enfant commence à établir de nouvelles frontières psychiques. C’est le passage du UN au DEUX.
C’est aussi une chute de sa propre grandiosité imaginaire, lorsque l’enfant découvre son impuissance, sa vulnérabilité et sa dépendance vis-à-vis de l’autre (la figure maternelle). Lui qui avait l’impression de gouverner le monde (faire venir le sein, les soins par sa volonté, ses pulsions internes), c’est la chute, la perte de sa toute puissance imaginaire face au principe de réalité qui se dessine.
Cette double découverte est une phase douloureuse, qui met le bébé dans une rage intense et lui procure une grande tristesse. Pour lui c’est comme être encore une fois exilé du paradis (la naissance étant certainement le premier exil)
L’enfant découvre peu à peu l’ambivalence des sentiments : la rage qu’il peut ressentir envers les personnes qu’il aime (l’amour et la haine qui peuvent coexister simultanément) ; et ce qui lui apparaît comme un paradoxe : les autres ne sont pas simplement « bons » ou « mauvais », mais plutôt ambivalents, tout comme lui-même.
La gestion de la phase dépressive est particulièrement importante pour la structuration psychique de l’enfant et de l’adulte qu’il deviendra. Deux thèmes fondamentaux se jouent :
- les frontières entre Moi et l’Autre
- les frontières entre fantasme et réalité (la toute-puissance imaginaire face à la puissance relative et limitée dans la réalité)
Ces thèmes vont pouvoir se rejouer en thérapie à l’âge adulte. L’issue de la thérapie se trouve dans l’acceptation d’être soi même :
- dans l’ambivalence plutôt que dans le clivage (moi je suis comme ça !)
- dans la puissance réelle limitée, et dans l’interdépendance plutôt que dans la toute-puissance rêvée, imaginée.